Les différentes teintes qui font la beauté du saphir

Le saphir, cette pierre précieuse associée au mois de septembre, a longtemps vécu dans l’ombre du diamant aux yeux de l’enfant que j’étais. Petite, j’enviais ma camarade d’avril et son éclat de diamant, tandis que je voyais ma propre pierre de naissance comme un lot de consolation. Avec le temps, la perspective change. Les vitrines de ma boîte à bijoux sont aujourd’hui un mélange de diamants, d’opales… et, bien trop rarement, de saphirs. En prenant du recul, je réalise que le saphir mérite bien plus d’attention. Il est temps de lui accorder la place qu’il mérite. Voici donc un tour d’horizon sur ce joyau : ses couleurs, ses origines, ses variétés les plus fascinantes. Prêt à voir le saphir autrement ?

D’où vient le nom et où se trouvent les saphirs ?

Le saphir s’inscrit dans la grande famille du corindon, comme son cousin le rubis. La logique est limpide : à l’exception du rouge, tout corindon se fait appeler saphir. Les lieux de prédilection pour dénicher cette gemme ? On les retrouve en Australie, au Myanmar, au Sri Lanka (qu’on appelait autrefois Ceylan) et en Thaïlande. Autrefois, l’Inde jouait aussi un rôle clé sur ce marché, en particulier grâce au fameux saphir du Cachemire, dont la rareté aujourd’hui fait presque figure de légende.

Le terme « saphir » vient tout droit du grec et désigne, de façon très simple, la couleur bleue. Autrefois, la confusion régnait, et d’autres pierres à la teinte bleutée, comme le lapis-lazuli, portaient ce nom. C’est au XIXe siècle seulement que l’on sépare définitivement rubis et saphir comme des variantes du corindon, réservant le nom de saphir à la version bleue. Les autres couleurs avaient alors leur propre dénomination.

Côté solidité, le saphir affiche un 9 sur l’échelle de Mohs. Il se frotte au diamant niveau résistance, ce qui explique sa réputation de pierre faite pour durer, idéale sur une bague de fiançailles ou dans le quotidien. Contrairement à des pierres fragiles, comme l’opale qui craint le choc, le saphir tient la distance. La bague de fiançailles de Diana Spencer, aujourd’hui portée par Kate Middleton, a aussi participé à inscrire le saphir dans l’imaginaire collectif de la haute joaillerie.

Quelles sont les couleurs du saphir ?

On l’a vu, sous réserve qu’il ne soit pas rouge, un corindon mérite le nom de saphir. La couleur la plus connue reste le bleu, mais cette tonalité n’est qu’un point de départ. Citons le saphir bleu sombre, moins coté lorsqu’il frôle le noir, tandis que la mode anglaise adore les bleus royaux à la puissance évocatrice, dont celui de la bague de Diana. Encore plus rare, le fameux bleu bleuet occupe la première marche du podium. Au Sri Lanka, certains saphirs se font remarquer par leur bleu limpide et lumineux.

Mais réduire le saphir au bleu serait passer à côté de sa diversité. Les couleurs, toutes issues de ce même minéral, révèlent un spectre impressionnant :

  • blanc
  • jaune
  • vert
  • rose
  • orange
  • violet
  • entre-deux, telle la nuance bleu-violet

À côté de ça, existent aussi des saphirs noirs, bruns ou gris, rarement choisis pour des bijoux raffinés. Impossible de ne pas mentionner le charme d’un collier ancien paré de saphirs de Ceylan et de diamants, parfois si bleu qu’il évoque la tanzanite. Le cliché du bleu profond ne tient pas devant la richesse colorée du saphir.

Presque tous les saphirs sont chauffés

La très grande majorité des saphirs sur le marché ont traversé une étape clé : le chauffage. Ce procédé vise à booster la couleur, voire à purifier la pierre. Peu de saphirs affichent naturellement un éclat remarquable. On estime qu’environ 80 % des pièces commercialisées sont passées par le four : à moins d’information contraire, le saphir que l’on achète aujourd’hui a forcément été chauffé. Il existe des traitements annexes pour sublimer l’apparence, mais le chauffage domine largement dans la profession.

Saphir rose naturel et saphirs du Cachemire

Dans le petit cercle des gemmes d’exception, les saphirs du Cachemire occupent une place à part. Ces pierres extraordinaires ont été découvertes en 1881, perchées à plus de 5000 mètres au cœur de l’Himalaya. Pendant près d’un siècle, seuls les Indiens ont pu y accéder, jusqu’à ce que la région s’ouvre davantage dans les années 1980. Aujourd’hui, les mines sont quasiment à sec, ce qui propulse chaque pierre Lire de cette provenance au statut de vraie rareté. Repérer un authentique saphir du Cachemire dans un bijou ancien relève presque du miracle. Ce défi n’est accessible qu’à un expert chevronné, qui recherche au microscope des traces caractéristiques. Méfiance d’ailleurs : il arrive que certains saphirs du Myanmar circulent sous le nom de « Cachemire » sans en avoir les origines.

Saphirs Padparadscha et saphirs étoilés

Parmi les variétés les plus convoitées, le saphir padparadscha intrigue par sa teinte unique, quelque part entre le rose et l’orange. Son nom, inspiré de la fleur de lotus du Sri Lanka, lui sied parfaitement. Côté famille royale encore, la princesse Eugenie porte une bague ornée de ce joyau hors du commun. Autre variété atypique : le saphir étoilé. La magie opère ici grâce à des inclusions d’aiguilles qui, quand la lumière frappe, dessinent une étoile à six ou douze branches, presque irréelle à la surface de la pierre. Pour que l’effet fonctionne, ces saphirs ne sont pas taillés à facettes mais en cabochon, bombés et lisses.

Saphir étoilé bleu : les plus grands et les plus célèbres

Les saphirs atteignant des tailles spectaculaires relèvent du phénomène. Le Guinness World Records attribue la palme à l’extraordinaire saphir Ophir : près de 31 308 carats. Plus récemment, un saphir étoilé bleu massif de 1 404 carats a été mis au jour au Sri Lanka, avec une valeur estimée à près de 300 millions de dollars. Et comment ne pas citer le Star of India ? Ce spécimen de 536 carats est exposé au American Museum of Natural History de New York et figure au panthéon des pierres légendaires.

Les collections royales britanniques ne sont pas en reste. Le saphir St. Edward et le Stuart font partie intégrante des joyaux de la couronne. Le Stuart, bleu intense, pèse environ 104 carats et aurait appartenu à Charles II avant de venir orner la couronne impériale. On retrouve aussi le St. Edward dans la couronne officielle des sacres.

Imitations

Nombreuses sont les copies qui circulent sur le marché. Des saphirs synthétiques, produits en laboratoire, s’invitent même dans certains bijoux anciens. Un bijou vintage n’offre donc aucune garantie sur la nature exacte de la pierre. On rencontre aussi des imitations en verre, surtout dans les pièces rétro.

D’autres pierres, bien moins chères, prennent le relais pour duper l’œil non averti : la citrine prend l’apparence d’un saphir orange, l’améthyste se confond avec la version violette, la tourmaline rose singe le saphir rose. Même l’œil exercé peut parfois hésiter si l’exercice se fait à la va-vite.

Comment reconnaître un saphir naturel ?

Un trait distinctif du saphir : un éclat soyeux et reconnaissable. Cette lumière, cette texture visuelle, permet à l’œil avisé de distinguer un saphir des autres pierres précieuses. Sur le terrain, il existe bien des méthodes, mais rien ne remplace la précision d’un gemmologue. Un spécialiste analyse sa structure interne au microscope, décèle les transformations subies et détermine, parfois, sa provenance exacte. Une règle, transmise par un expert : méfiez-vous des pierres trop uniformes, trop “parfaites” au premier regard ; la nature laisse toujours un indice subtil.

Envie d’apprendre à identifier les gemmes ?

Pour ceux qui souhaitent aiguiser leur regard et se lancer dans l’aventure de l’identification des pierres, un ouvrage de référence existe : « Gemstone Identification made easy » d’Antoinette Maitlins. L’ouvrage rend accessibles les principaux gestes et outils nécessaires pour progresser en gemmologie. Trois instruments suffisent pour reconnaître de très nombreuses pierres en autonomie. Ce guide reste une porte d’entrée précieuse pour tous ceux qui veulent décrypter le monde fascinant des gemmes.

Le saphir, avec sa palette hallucinante et son histoire riche de mystères et de voyages, mérite qu’on s’y arrête enfin sans idées toutes faites. Face à un bijou ancien ou à une bague contemporaine, il ne manque jamais d’attirer la lumière et de surprendre, même celui ou celle qui croyait déjà tout savoir des pierres précieuses.

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