L’alcool fait-il vraiment grimper le cholestérol ?

Cela semble presque trop beau pour être vrai : le vin rouge est sain. Il serait bon pour le cœur et les vaisseaux sanguins, réduirait le risque de cancer, réduirait le risque de démence, et cela vous rendrait même plus mince. Et vraiment ?

Le verre de vin rouge du soir, partagé entre amis ou dégusté lors d’une fête, traîne derrière lui une réputation flatteuse. Douceur, tradition, et ce murmure persistant : il serait bénéfique, surtout pour les femmes à raison d’un verre par jour, deux pour les hommes. L’idée a de quoi séduire les amateurs, mais il est temps de regarder les faits en face : non, le vin rouge n’est pas un élixir miracle pour la santé.

Aussi une bière contient de l’alcool et peut donc aider à garder votre cœur et vos vaisseaux sanguins en bon état. Image : Alexas_Fotos/Pixabay

Vin rouge ou bière : même combat pour le cœur ?

Le cœur et les artères assurent le transport de l’oxygène, des nutriments et des déchets dans tout l’organisme. On entend souvent que boire un peu de vin rouge favoriserait leur bon fonctionnement. Ce n’est qu’une partie de la réalité : c’est l’alcool lui-même, peu importe la boisson, qui explique ces effets. Un demi de bière ou un whisky auraient les mêmes conséquences sur le plan médical.

Deux points sont avancés pour défendre la modération alcoolisée : premièrement, une légère consommation fait grimper le « bon » cholestérol (HDL), réputé ralentir la formation de plaques dans les artères. Mais la question de savoir si cela protège réellement le cœur est loin d’être tranchée. Deuxième aspect : l’alcool freine la production et l’agglutination des plaquettes, réduisant ainsi le risque de thrombose. C’est la raison pour laquelle une coupure saigne plus longtemps après quelques verres. En revanche, ce n’est pas l’alcool qui rend le sang « plus fluide » comme on l’entend parfois : seul un excès d’eau aurait cet effet, avec des risques bien réels.

Mais l’équilibre est fragile. Dès que la consommation dépasse la modération, la situation s’inverse. L’alcool, toxique pour les cellules du muscle cardiaque, favorise l’hypertension et fait grimper le taux de LDL, ce cholestérol qui, lui, bouche les artères. Résultat : les bénéfices s’évaporent et les dangers s’accumulent. Contrairement à la rumeur, un verre de vin rouge ne protège pas non plus du cancer, il tend même à en accroître le risque.

Thé ou vin : qui gagne la bataille des antioxydants ?

On attribue souvent au vin rouge une capacité à réduire certains cancers, vantant ses antioxydants comme rempart cellulaire. Ces substances, dont les polyphénols (tanins, resvératrol), protègent l’organisme contre le stress oxydatif. Sur le papier, l’argument semble solide. Dans la réalité, les quantités de resvératrol présentes dans le vin sont infimes. Pour espérer un effet comparable à ceux observés lors d’expériences en laboratoire, il faudrait ingurgiter des volumes de vin totalement irréalistes.

Le thé, lui, regorge de tanins et s’avère bien plus riche en antioxydants : il fait largement mieux que le vin rouge sur ce point. Quant au resvératrol, il est présent dans d’autres aliments comme les raisins noirs, les cacahuètes ou les baies. Miser sur le vin pour ses vertus santé revient donc à se raconter des histoires. D’autant plus que l’alcool reste, à lui seul, un facteur favorisant le cancer. Si l’on souhaite profiter des antioxydants, mieux vaut miser sur une alimentation diversifiée et, pourquoi pas, une bonne tasse de thé.

Sur un régime de vin rouge ? Ne vous attendez pas à ce résultat immédiatement. PublicDomainPictures/Pixabay

Boire du vin rouge pour perdre du poids ? Illusion

Certains voudraient croire que le vin rouge ferait fondre les kilos. Ce fantasme a la vie dure, mais la réalité est tout autre : un grand verre de vin rouge fournit deux fois plus de calories qu’un verre de soda. Ajoutez à cela les petits amuse-bouches qui accompagnent souvent la dégustation, et la balance penche vite du mauvais côté.

Cette idée vient d’une étude menée à l’Université d’État de Washington, où le resvératrol, à très haute dose sur des cellules et des animaux de laboratoire, semblait transformer la graisse blanche (celle que nous stockons) en graisse brune (celle que nous brûlons pour produire de la chaleur). Mais rien ne prouve que cela fonctionne chez l’humain. Et, surtout, il faudrait absorber du resvératrol en quantités inatteignables par la seule consommation de vin. Heureusement, on en trouve aussi dans d’autres aliments, ce qui évite d’avoir à lever le coude pour espérer un quelconque résultat.

La mémoire sauvée par le vin rouge ? Pas si vite

La maladie d’Alzheimer, qui détruit progressivement les cellules du cerveau, fait peur à juste titre. Certains ont cru voir dans le resvératrol une piste d’espoir, mais c’est oublier que les études sérieuses sont loin de valider le mythe.

Des recherches menées sur des animaux ont montré qu’un régime très restrictif en calories pouvait protéger contre des maladies liées à l’âge, notamment via certains enzymes qui agissent sur l’expression des gènes. Le resvératrol aurait une action similaire, mais rien n’est prouvé chez l’humain. Au centre médical de l’Université de Georgetown à Washington DC, un essai a été mené sur 119 personnes atteintes de symptômes d’Alzheimer, à qui on a administré un gramme de resvératrol ou un placebo deux fois par jour pendant un an. Les chercheurs ont noté que la baisse d’une protéine spécifique, typique de la maladie, était freinée avec le resvératrol. Mais aucune amélioration directe des fonctions cérébrales n’a été observée, et le nombre de participants ne permet pas de tirer une conclusion définitive.

Pour ingérer autant de resvératrol que dans l’étude, il faudrait boire près de 1000 bouteilles de vin par jour. Personne n’oserait en rêver, et surtout, ce serait désastreux pour la santé, mémoire comprise.

Vin, migraine et salami : des liens à nuancer

Après une soirée trop arrosée, maux de tête et migraines frappent sans pitié. Des études laissent entendre que les personnes qui boivent moins d’alcool souffrent moins souvent de migraines. Difficile, cependant, de distinguer un mal de tête dû à la gueule de bois d’une véritable migraine. On a longtemps accusé les amines (issues de la dégradation des protéines, présentes dans les aliments fermentés comme le fromage, le salami ou le vin) ou les sulfites, de provoquer ces douleurs. Mais nos enzymes digestives neutralisent la plupart des amines, et une étude menée par des chercheurs de la Rijkuniversiteit Groningen et du TNO n’a pas mis en évidence de raison valable d’éviter ces composés.

Seules les personnes très sensibles au sulfite peuvent ressentir des maux de tête. Or, le sulfite se retrouve dans de nombreux produits industriels, des biscuits aux chips, en passant par la pizza. La vraie cause du mal de tête du vin ? C’est l’alcool, tout simplement. Et comme le vin rouge est souvent plus alcoolisé que le blanc, il peut déclencher plus rapidement ces désagréments.

Trinquer ou s’abstenir ?

Le mythe du vin rouge protecteur de la santé s’effondre. Aucune substance contenue dans le vin ne justifie de le considérer comme un remède miracle. L’alcool n’est pas bénéfique à l’organisme, malgré les histoires que l’on se raconte pour déculpabiliser le plaisir. Faut-il pour autant bannir tout verre de vin ? Chacun fera son choix. Mais se mentir à soi-même n’ajoute ni à la saveur, ni à l’ambiance. Pour ma part, le plaisir d’un bon verre, partagé et savouré, l’emporte sur l’illusion de la panacée. Moins de verres, plus de vérité : c’est aussi ça, trinquer à la vie.

Tom Middelburg (1989) est biologiste diplômé et journaliste scientifique indépendant. Il s’enthousiasme pour les percées en biologie, psychobiologie, technologie et nutrition, et analyse dans ses articles leur impact sur l’humain.

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